À chaque début de mois, un objet (ou une série d’objets) est sorti des réserves puis exposé dans une vitrine dédiée à cet effet, située à l’entrée du Centre d’Interprétation du Patrimoine. L’objectif de cette présentation mensuelle est de renouveler le regard des habitués ainsi que de valoriser les collections et le travail effectué par les bénévoles de l’association tout au long de l’année.

NOVEMBRE 2019 : une clé de coffre

Clé de coffre découverte au château de Brie-Comte-Robert, XVe/XVIe siècle © ADVC Brie

Lorsque l’on trouve une clé au cours de fouilles archéologiques, on ne peut s’empêcher de se poser une question simple « mais que peut-elle bien ouvrir » ? Est-ce la clé d’un petit coffret ? d’une porte ? d’un meuble ?
Une chose est sûre, cette petite clef découverte au château de Brie dans le remplissage d’une dépression d’un sol aménagé au XVIe siècle, n’ouvre que dans un sens, puisqu’elle possède un panneton asymétrique.

Un panneton symétrique est toujours associé à la fermeture d’une porte, permettant ainsi de faire jouer la serrure des deux côtés. De plus les dimensions réduites de cette clé tend à l’associer davantage à une clé de coffre ou à celle d’un cadenas.

Elle est en fer forgé, sa tige pleine est de section circulaire. Son panneton est composé d’une bouterolle suivie d’une rainure allant jusqu’au talon ; d’un pertuis fermé, rectangulaire disposé en longueur ; d’un rouet opposé en façade. Le museau est composé de trois fausses planches du coté du talon, d’une fausse planche avec un pertuis carré vers la façade et d’un léger râteau à deux dents.

OCTOBRE 2019 : une sépulture du cimetière du Haut Moyen Âge

Crâne d’un homme âgé de plus de 60 ans découvert rue de la Madeleine à Brie – ADVC Brie

Le 19 mai 1987 à l’occasion de travaux de raccordement au réseau du tout à l’égout au 42 rue de la Madeleine, Monsieur Gallet propriétaire, fait état de la présence d’ossements humains à environ 1m de profondeur. Les fouilles de sauvetage mettent au jour 8 sépultures antérieures à 1394.

Grâce aux archives, nous savons qu’à proximité sous la place Gauthier, se trouvait un petit édifice cultuel appelé Vieux Moustier (église). En 1991, à l’occasion de travaux de réfection de la chaussée, des découvertes archéologiques attestent l’existence de cette église primitive entourée de son cimetière.

Ce cimetière témoigne d’une habitude prise au début du Moyen Âge d’enterrer les morts près des lieux de culte. Ce n’est qu’après le décret du 12 juin 1804 qu’est ordonné le transfert à terme des cimetières hors des enceintes des villes. Pour cette raison, le terrain du cimetière actuel est acquis par la ville de Brie le 30 juillet 1830 à l’extérieur de la ville.

SEPTEMBRE 2019 : les dés à jouer

Dé en os pris dans un noyau métallique découvert au château de Brie-Comte-Robert © ADVC Brie

Au Moyen Âge, toutes les classes de la société jouent aux dés aussi bien à la cour du roi que dans les tavernes et dans la rue. Les règles de l’époque sont mal connues. On sait que le plus souvent les parties se faisaient à deux ou trois dés et consistaient à obtenir le maximum de points ou des combinaisons particulières.Pour donner de l’intérêt au jeu, les parties faisaient l’objet de mises. Le prince Louis d’Orléans, seigneur de Brie de 1393 à 1407, avait la réputation d’un joueur passionné.
L’appât du gain incitait à la tricherie : les dés étaient souvent pipés, en déséquilibrant, lors de leur fabrication, une ou plusieurs de leurs faces.

Plusieurs ordonnances royales interdisaient les parties de dés jugées source d’oisiveté, de débauche et de désordre. Le roi Charles IV le Bel, dont l’épouse Jeanne d’Évreux résida longuement au château de Brie, fit partie de ces rois qui interdit toutes sortes de jeu.

Ce sont 18 dés à jouer qui ont été découverts et étudiés au château de Brie.
Un lot très homogène de 12 dés provient de la salle J, salle aménagée au XIVe siècle sur les lices dont la fouille a livré une importante couche détritique formée par l’accumulation d’objets jetés depuis le 1er étage du logis seigneurial.

Tous les dés sont taillés dans de l’os animal et mesurent en moyenne 5mm. La majorité de leurs faces présentent des traces de sciage.
Leurs arêtes sont vives ou très légèrement polies, elles ne sont jamais chanfreinées comme pour nos dés modernes, ce qui devait empêcher le dé de rouler correctement.
Les emplacements des points sur les faces sont généralement approximatifs sauf pour un dont les points sont placés avec une grande précision.

Un test d’égalité des probabilités d’apparition de chacune des faces a été réalisé pour un de ces dés. Sur 600 lancés, le 1, 2 et 3 sortent le plus souvent, le dé est donc pipé. Dans une partie où il s’agissait de faire le maximum de points, ce dé était donc un dé perdant !

JUILLET/AOUT 2019 : un mortier culinaire

Mortier culinaire découvert au château de Brie-Comte-Robert © ADVC Brie

Le mortier culinaire que l’on retrouve encore dans nombre de nos cuisines (bien que plus petit et très souvent en métal) n’est pas attesté de manière sûre avant les XIe, voire XIIe siècles en contexte urbain uniquement.

Cet ustensile est utilisé pour la préparation d’aliments ou de médicaments pour la consommation humaine. Dans le bassin d’un volume important, l’opérateur va pouvoir pulvériser diverses sortes d’ingrédients : noix, grains, feuilles, racines, herbe, voire fleurs.

Le mortier lui-même est façonné dans une pierre calcaire. Le tailleur de pierre aura choisi un bloc parallélépipédique, dans l’idéal le plus proche du cube. Il aménage ensuite une large cuvette aux parois épaisses, afin de résister aux différentes opérations de broyage.
Le pilon, qui n’est pour ainsi dire jamais retrouvé en fouilles, devait être en bois très dur comme du noyer, du buis ou de l’olivier par exemple.

Les angles vont avoir leur importance : de manière contre-intuitive, une fois la préparation obtenue, le mortier n’est pas basculé le long d’un bord, mais autour d’un coin du socle. Ainsi il est ménagé dans un angle supérieur un versoir : léger canal surcreusé qui peut parfois prendre la forme d’un véritable bec verseur. Les deux angles adjacents vont alors être taillés pour faciliter la préhension : ils forment ce que nous appelons des tenons de préhension, voire dans certains cas de véritables anses.

Ainsi, classiquement, la configuration d’un mortier pourra adopter une organisation symétrique : deux versoirs et deux tenons, chacun aux quatre angles et opposés deux à deux par rapport aux diagonales.

Enfin, toujours pour faciliter les opérations de préhension, les parois externes du mortier peuvent être façonnées pour adopter la forme d’un bol.

JUIN 2019 : Compter comme au Moyen Âge

Les Grecs et les Romains avaient des abaques pour calculer. Un abaque est une table, dont le plateau comporte une marqueterie ou des motifs incrustés ou gravés. Ces motifs en font soit une table à calculer (lignes) soit une table de compte, monétaires (bandes).

Au Moyen Âge, on ne comptait plus avec des cailloux, mais avec des jetons. On ne sait pas quand exactement le jeton a été inventé. Certains archéologues pensent qu’il en existait déjà à l’Antiquité. Mais le plus ancien connu est celui aux Armes de Blanche de Castille, morte en 1252.

Un jeton, au XIIIe siècle, était appelé un “ gect “ puis “ gectoue “ puis “ jeton “. C’est une pièce de métal ronde, de 20 à 40 mm de diamètre. Il ressemble à une pièce de monnaie, mais il ne comporte pas d’indication de valeur.

Jeton de Louis III de Lorraine-Guise © ADVC Brie

Dans les 500 pages de comptes de la reine Jeanne d’Évreux (XIVe siècle), on ne relève qu’un denier (équivalent d’un centime) d’erreur ! Objet quotidien, le jeton était aussi une objet de prestige frappé aux armes et devises de son propriétaire. Au château de Brie, un jeton découvert pendant les fouilles archéologiques porte les emblèmes de Louis III de Lorraine-Guise (1575-1621), cardinal, archevêque de Rouen et abbé de Saint-Denis: un aigle déployé couronné volant sur la mer, parmi les nuages avec l’orgueilleuse devise DUM.MERGOR.MERGO (Si l’on me noie, je noie).

MAI 2019 : les plombs de scellé

Les fouilles archéologiques ont livré un petit nombre de plombs de scellé. La disparition de ces modestes objets s’explique aisément. Petits, ils étaient facilement égarés. Constitués de plomb, ils étaient récupérés pour être fondus et réutilisés autrement. Ceux qui ont réchappé à la récupération ou à la fonte sont dans un état de conservation médiocre. Leur long séjour dans le sol a en effet conduit à une dégradation et une distorsion du métal qui les rend peu lisibles. L’un d’entre eux, cependant, est bien conservé.

Il s’agit d’un plomb de scellé à plateaux d’environ 1,5 mm d’épaisseur et d’un diamètre moyen de 28 mm. Il ne paraît pas avoir été violé puisque les deux plateaux restent liés ensemble et que la queue de plomb est toujours repliée. L’avers porte en son centre l’image en relief d’une nef voguant à droite. On distingue encore bien la voilure et le drapeau qui flotte au bout du mat principal du navire. En dessous de celui-ci et séparée de lui par un trait horizontal, la date de 1533 entre deux points. Le tout est inscrit dans un cercle perlé. Il s’agit du blason bien connu de la ville de Paris. Ce navire est ici accosté à gauche de la lettre P et à droite de la lettre S.
Le revers, quant à lui, n’est que partiellement visible. On ne distingue donc qu’avec difficulté le motif central, qui ressemble à un fragment de cercle à bordure plate (bas d’un écu ?). Une légende court tout autour : […]INT[…] • DE • PARI[…].
La queue qui relie les plateaux est ornée de deux cartouches ovalaires comportant chacun : • P : S •

La comparaison avec un plomb similaire trouvé à Paris nous livre l’énigme de l’inscription du revers : TAINTVRE • DE • PARIS • il s’agit donc d’un plomb de teinturier. La corporation exigeait que les teinturiers, comme les drapiers, missent leur sceau sur les tissus ou draps qu’ils venaient de teindre. Cela permettait de garantir la provenance et facilitait la perception des taxes sur le tissu teint. Les lettres P et S désignent sans aucun doute le teinturier qui, sous François Ier, teignit le tissu qu’un jour on apporta au château de Brie.

AVRIL 2019 : un couteau

© ADVC Brie

Le manche de ce couteau est composé de deux parties, rivetées à la soie de la lame. Il a été découvert dans le comblement d’une petite fosse maçonnée en moellons de calcaire, située contre la courtine entre la tour de Brie et la tour ouest.

Beaucoup de tessons de céramique, tous datés du XVIe siècle, en grès normand et en grès de Beauvais ont été retrouvés dans ce comblement ce qui permet de dater ce couteau de la même époque. Cette fosse (dont ont ne connaît pas l’usage) est située tout près d’une très belle sole de cheminée en tuileaux posés sur chant. Celle-ci fut construite au XVIe siècle et chauffait un grand bâtiment longeant la courtine.

MARS 2019 : les terres cuites architecturales

Échantillons de couleurs de glaçure des tuiles découvertes au château © ADVC Brie

Lors des recherches archéologiques menées par l’association au château de Brie-Comte-Robert, de nombreuses tuiles, de toutes périodes, ont été mises au jour. Toutes ont couvert les toits du château, logis seigneurial ou tours. Au cours des siècles, lors des réfections des toitures, elles ont été jetées, cassées, remplacées et sont régulièrement retrouvées dans les multiples remblais, de toutes périodes. D’autres ont été réemployées vers de nouvelles utilisations, notamment pour tapisser les âtres ou les cœurs des cheminées (ces tuiles, cassées, sont nommées tuileaux). Il est, bien sûr, difficile de donner la période de pose d’une tuile si elle n’est pas retrouvée dans un contexte de démolition bien daté, car sa fabrication artisanale a peu changé jusqu’à la révolution industrielle.

Quelle que soit leur période de fabrication, les dimensions des tuiles retrouvées au château sont à peu près constantes :

• longueur entre 250 et 265 mm,

• largeur entre 170 et 180 mm,

• épaisseur entre 15 et 18mm,

Échantillons des couleurs de la pâte des tuiles découvertes au château © ADVC Brie

ce qui correspondrait à un moule de 7 pouces sur 10, un pouce mesurant 27,07mm. La couleur de la pâte varie entre rouge, rouge à coeur noir et gris foncé. Un ergot, formé à la main dans la pâte encore fraîche et un trou réalisé avec un pic pour introduire un clou, permettaient l’accrochage aux liteaux.

Le pureau, partie visible des tuiles entièrement mouillé par l’eau de pluie, était régulièrement recouvert d’une glaçure permettant ainsi une meilleure étanchéité de la toiture. Cette glaçure au plomb était de différentes teintes de vert, de jaune, de brun ou d’orangé et des compositions géométriques pouvaient ainsi orner la toiture.

Un important lot de tuiles cassées a été mis au jour sous le mur qui traverse le château et séparait la cour noble (la haute cour) de la basse cour. Bien daté de la première moitié du XIVe siècle, il fait partie des grandes transformations voulues par Jeanne d’Évreux. Ce lot ayant été déposé à cette date, les tuiles sont datées d’une période antérieure. En principe, une tuile a, en moyenne, une durée de vie de 50 ans. On peut alors considérer qu’elles ont couvert la toiture du château au plus tard vers 1300. Elles peuvent donc appartenir à la première période de construction du château, soit à partir de la seconde moitié du XIIe siècle. Elles sont différentes de toutes les autres, par leur pâte et leur glaçure.

FÉVRIER 2019 : l’archéozoologie

Peigne en os découvert au château de Brie © ADVC Brie

L’archéozoologie est une discipline de l’archéologie qui étudie les restes animaux issus des fouilles archéologiques. Il peut s’agir d’ossements d’animaux, de dents ou encore de cornes, d’écailles. L’objectif étant d’étudier les relations de l’homme avec le monde animal dans le passé. Par exemple, il est intéressant de savoir si l’animal a été consommé, domestiqué ou bien s’il a été “utilisé” pour fabriquer des objets.

On va chercher à décrire les ossements le plus précisément possible. On compte les fragments découverts, on les mesure, on les observe, puis on va déterminer la nature de l’os pour définir de quelle partie anatomique il s’agit.

Prise de mesure au pied à coulisse © ADVC Brie

On va chercher à décrire les ossements le plus précisément possible. On compte les fragments découverts, on les mesure, on les observe puis on va déterminer la nature de l’os, savoir de quelle partie anatomique il s’agit.

Par comparaison avec une ostéothèque (ou collection de références : les squelettes de plusieurs espèces sont référencés et classés) ou par des manuels d’anatomie, l’archéozoologue pourra définir l’appartenance à une espèce ou à une famille d’espèces.

À Brie-Comte-Robert, un grand nombre d’ossements animaux a été découvert, dont une grande partie dans des fosses latrines. L’étude de ces fosses a permis de comprendre la consommation et l’exploitation des animaux au château. Les animaux chassés (cerfs, sangliers) sont bien représentés, de même que les animaux domestiques (bovins, porcs, moutons, poules). La diversité des ressources se confirme avec la présence de poissons de mer, de moules et de rapaces.

JANVIER 2019 : les ferrets

Ferret découvert au château de Brie © ADVC Brie

Le ferret est un objet du quotidien composé d’une plaque métallique recourbée en forme de cône servant à recouvrir l’extrémité des lacets. Les lacets pouvaient servir dans l’habillement (vêtements, chaussures…) ou dans le maintien d’objets plus ou moins prestigieux (tentes, livres…).
On retrouve parfois dans certains textes en synonyme du mot “ferret” le terme “aiguillette”. Mais, cet usage reste ambigu puisqu’il est aussi utilisé pour parler de l’ensemble cordon et partie métallique du lacet.

Dès le XIIIe siècle, les statuts des laceurs de fil et de soie apparaissent dans le livre des métiers d’Étienne Boileau, ce qui montre leur importance.

Au XVIIIe siècle, l’activité de ferreur est décrite avec précision dans l’Encyclopédie de Diderot. Toutes les étapes de la confection du lacet en passant par l’étape de la garnison du fer à lacet ou ferret y sont énoncées.

JUIN/JUILLET/AOÛT 2018 : le mortier

Réalisation d’un mortier sur le chantier médiéval de Guédelon © ADVC Brie

Le mortier est un composant secondaire d’un mur. Bien que moins noble que la pierre, il est cependant indispensable. Lors du montage du mur, il permet de sceller les pierres entre elles et de les ajuster. Après durcissement, il assure la descente de charge, c’est-à-dire le report des poids vers le sol.

Constitution:

Le mortier médiéval est constitué de sable, de chaux et d’eau. Contrairement au mortier de ciment actuel, sa prise est très lente, ce qui va obliger les maçons de l’époque à monter  les murs par lits de pierres de hauteur faible (1 pied soit 33 cm environ).

Pourquoi l’étudier en archéologie :

Il permet quelquefois d’affiner, de confirmer ou de contredire d’autres éléments de datation. Mais comme pour tout mobilier archéologique, il est impératif de connaître son emplacement dans l’ouvrage étudié.

L’étude des mortiers du château de Brie-Comte-Robert

Les 200 échantillons étudiés à Brie-Comte-Robert ont permis de constater que le sable utilisé pour les mortiers, qu’ils soient médiévaux ou plus récents, est toujours le même.

La carrière d’où il provient est située au sein même de la ville de Brie-Comte-Robert. Elle fournit un sable de couleur constante.

Livre d’Heures du duc de Bedford, XVe © British Library

Ce critère de provenance ou de couleur du sable est dit « muet » puisque étant unifié il ne permet pas de connaître le phasage d’une construction, c’est-à-dire de distinguer différentes périodes chronologiques.

En revanche, sur un prélèvement de mortier qui comprend du charbon de bois, il sera possible d’effectuer une datation au carbone 14.

L’étude des murs et courtines du château de Brie a mis en évidence la présence d’un mortier jaune-orangé pour les premières périodes de construction de l’édifice.

Pour les périodes suivantes, on remarque à certains endroits des mortiers roses qui contiennent des morceaux de tuiles concassées, appelés tuileaux. Ce type de mortier est utilisé dès le XVIIe s. pour  imperméabliser la base des murs (l’eau de pluie ruisselant depuis les toitures les arrose et les fragilise).

Pour plus de détails : en ce moment et jusqu’au 2 décembre, le Centre d’Interprétation présente l’exposition temporaire « À pierre ouverte » qui retrace les étapes de la restauration du château.

MAI 2018 : les billes

Bille en pâte de verre – © ADVC Brie

Au Moyen Âge, on jouait à la gobille en terre ; plus tard, elle est devenue bille en perdant son préfixe. Une bille est un objet sphérique plus ou moins gros et plus ou moins lourd selon la matière employée. Elles mesurent en moyenne de 1,5 à 1,7 centimètre de diamètre.

Bille en terre cuite – © ADVC Brie.

Les billes peuvent être de matières différentes. On en trouve en pierre, en os, en terre cuite, en verre, en porcelaine ou en faïence et également en marbre (d’ailleurs en anglais la bille se dit marble).

Les billes sont tout d’abord des objets dits « écologiques », elles sont donc de  forme grossièrement sphérique puis elles deviennent un objet artisanal après la Renaissance. À partir de là, la bille devient une sphère parfaite.

Bille en silex – © ADVC Brie.

La fabrication de la bille en verre a dû probablement apparaître au XIVe siècle chez des fabricants vénitiens. Mais c’est l’invention des ciseaux à billes en 1846 par un souffleur de verre allemand qui marque le début d’une production intensive. La fabrication mécanique est plus récente et ne date que du XIXe siècle.

Bille en os – © ADVC Brie.

46 objets pouvant être assimilés à des billes ont été découverts au château de Brie-Comte-Robert. Parmi celles-ci, plusieurs billes pourraient être qualifiées d’« écologiques »  car elles sont de formes imparfaites, de tailles et poids variables. De même, les matériaux employés pour leur confection diffèrent : silex ou calcaire.

Bille en calcaire – © ADVC Brie.

Les autres semblent être manufacturées puisque certaines portent des traces d’outils. Leur taille est comprise entre 1,348 cm et 2 cm et leur poids varie en fonction du matériau employé à leur fabrication. Elles peuvent être en silex, en calcaire, en terre cuite (une est en terre cuite peinte), en os ou en pâte de verre.

Elles ont été principalement retrouvées dans des remblais (zones dans lesquelles la stratigraphie est perturbée et où des périodes d’occupation différentes peuvent s’imbriquer) ce qui complique leur datation.

AVRIL 2018 : la surprise de la chapelle Saint-Denis de l’église Saint-Étienne

La chapelle Saint-Denis (travée n°2, bas-côté sud) de l’église Saint-Étienne de Brie-Comte-Robert, est aujourd’hui constituée de vitraux teintés dans la masse, de formes géométriques.

© ADVC Brie.

Lors des travaux de restauration de l’église en janvier 2018, la boiserie de cette chapelle a été démontée. À cette occasion, une centaine de morceaux de vitraux en parfait état de conservation ont été découverts, à la plus grande surprise des ouvriers et des bénévoles de l’association.
Un puzzle dont on ne connaissait ni le dessin original ni le nombre de vitraux auxquels ils appartenaient.

Un défi !
Après avoir rassemblé les morceaux par série, l’association a pu déterminer qu’ils appartenaient à au moins deux vitraux, trois plus certainement.

Les recherches ont permis d’associer ces verres à des photos prises dans les années 60 et conservées à la Médiathèque du Patrimoine à Charenton-le-Pont. Ces photos montrent l’état des vitraux avant leur destruction. Les morceaux découverts pourraient correspondre à cet état.

MARS 2018 : la paléographie

Qui n’a jamais eu de difficulté à lire une ordonnance, une lettre ou un petit mot écrit à son intention ?

Indispensable à l’historien qui aborde des textes manuscrits anciens, la paléographie est l’art de lire et transcrire les écritures anciennes. Comme le savant déchiffrant une langue ancienne, le paléographe traduit en écriture moderne un texte rédigé dans une écriture inusitée.  Pour être un bon paléographe, plusieurs qualités sont requises : observation, rigueur, patience et connaissance des textes anciens.

5 points de difficulté se présentent à celui qui approche un texte ancien :

  • Le ductus : façon dont le scribe trace ses lettres et les dispose sur sa page.
  • Les ligatures : façon dont le scribe lie ses lettres et les mots.
  • La langue et la syntaxe.
  • Les abréviations.
  • Le cadre de production (lieux, temps, usages).

La seule solution pour parvenir à déchiffrer est de se familiariser avec la façon d’écrire du scribe. Une fois une lettre ou un mot reconnus, on cherche à les retrouver dans d’autres mots ou d’autres passages, et ainsi de suite, par approchant, on parvient à reconstituer les mots puis les phrases.

FÉVRIER 2018 : l’étude des clous en archéologie

© ADVC Brie

Pour fabriquer les clous, le fer est obtenu à partir du minerai de fer. Celui-ci relativement abondant à la surface de la terre, est constitué de roches contenant des oxydes de fer.

À l’époque médiévale, les clous sont forgés par les atachiers, les cloutiers ou les forgerons. Pour faire un clou, on utilisait des tiges de fer que l’on cassait à la longueur désirée. Celles-ci étaient ensuite martelées pour obtenir le pied et la pointe du clou. La tête était formée dans une pièce spéciale, la cloutière.

À Brie-Comte-Robert, de nombreux clous ont été trouvés lors des fouilles programmées. Leur étude permettra d’apporter un éclairage sur leur utilisation au château.

Dans les Comptes de la reine Jeanne d’Évreux du XIVe siècle, illustre seigneur du château, on trouve des commandes de clous pour des réparations de sa demeure.

JANVIER 2018 : la découverte d’un four de potier

© ADVC Brie

En 1985, lorsque le tout-à-l’égout était en cours d’installation rue du Général Leclerc (face au n° 40 bis) près de la mairie, les vestiges d’un four de potier ont été mis au jour. Celui-ci, abandonné, était rempli des rejets et de reliquats de fabrication.

La cuisson des poteries s’effectue dans des fours en général enterrés d’un mètre environ. Ils sont constitués d’une aire de chauffe à partir de laquelle le potier alimente le foyer (l’alandier) en combustible. Celui-ci chauffe la chambre de cuisson (le laboratoire). Les pots à cuire sont répartis et empilés sur la sole de la chambre.

Puis le potier monte la voûte de la chambre à l’aide de pots de récupération ou de ratés de cuisson, ici principalement des coquemars, emboités les uns contre les autres et colmatés à l’argile crue.

© ADVC Brie

Le four mis au jour correspond à son dernier état de fonctionnement : il a été totalement remblayé avec les matériaux de sa démolition mais probablement également par des rebuts de cuisson.

Les vestiges de ce four daté du XIVe siècle, contenaient de très nombreux tessons de céramiques qui ont permis un remontage de plusieurs coquemars flammulés (cf. photo ci-dessous), souvent déformés, et tous en pâte sableuse orangée.

De nombreux fragments d’argile brute, ayant servi de ciment d’attache entre les poteries, ont été également retrouvés.

L’association n’a pu profiter que de trois jours de fouille, avant que tout soit définitivement détruit par les pelleteuses.

Centre d’Interprétation du Patrimoine – Architecture

Exposition de site
Salle pédagogique
Centre de documentation
Base archéologique
Objet du mois